Sarah-Jane Iffra, artiste française polyvalente, est bien plus qu’une simple chanteuse. Auteure-compositrice, coach vocal et choriste, elle se distingue par son engagement à travers ses chansons, souvent teintées de messages sociaux et politiques. Son interprétation du répertoire d’Amy Winehouse et ses influences musicales variées, allant du jazz au rhythm and blues, ne sont que le reflet de son univers musical riche.
Dans un entretien exclusif accordé à CritiquePolitique, elle nous parle de ses créations musicales, de l’impact de ses chansons sur les crimes d’Israël contre le peuple palestinien et de la manière dont la musique peut sensibiliser aux injustices sociales.
Dans vos chansons, comment avez-vous choisi de représenter les crimes d’Israël contre le peuple palestinien, tout en gardant un message artistique fort ?
L’angle d’écriture n’était pas évident… Motivée par des sentiments inexplicables en quelques mots, j’ai essayé de les synthétiser dans une chanson pastiche de « l’envie » (JJ.Goldman, interprétée par Johnny Hallyday).
J’ai choisi de parler à la place de Netanyaou, qui bien entendu, n’est pas le seul concerné dans ce texte. J’englobe tous les sionistes et partisans de ce génocide.
Dans la première chanson que j’ai écrite en décembre 2023 « Bla Bla Bla » (Pastiche de « C’est comme ça » des Rita Mitsouko), il m’a semblé utile de reprendre les lapsus révélateurs, que tout le monde a pu entendre sur les chaînes de télévision.
Quelques semaines après, nous avons été témoins de bien d’autres discours, ô combien plus graves, appelant carrément à la destruction de tout un peuple, sans complexe.
Si ces propos avaient été recueillis par mes soins dans une chanson, ils auraient été capables de la censurer pour appel à la haine… Imaginons les mêmes discours en inversant les camps ?
Que le lecteur exerce son discernement…
Quelle réaction avez-vous eue de la part des défenseurs des droits palestiniens et de la communauté internationale concernant vos chansons sur les crimes d’Israël ?
Ces chansons n’ont pas connu un grand succès et ne sont pas suggérées par les algorithmes.
Certains m’ont même été refusés lors de sa mise en ligne sur youtube, comme génocidebyisraël par exemple Nous sommes désolés, une erreur est survenue, veuillez réessayer plus tard.
Ceci pris en considération, peu de défenseurs du peuple Palestinien ont eu connaissance de ces chansons et vidéos. Mais bien entendu, ceux qui les ont écoutées m’en ont félicitée, mais pas seulement. Certains m’ont mise en garde concernant ma sécurité personnelle.
Pouvez-vous nous parler d’une chanson spécifique où vous abordez directement les crimes d’Israël contre les Palestiniens, et ce qui vous a poussé à écrire ces paroles ?
La chanson la plus percutante et qui exprime le mieux ce que je ressens face à ces horreurs commises contre le peuple Palestinien est « On m’a trop donné ». J’ai fait un gros effort pour que mes paroles restent digestes. Il en est de même pour les images que j’ai utilisées dans le clip vidéo.
Mon cœur était envahi de beaucoup de sentiments très lourds à porter.
Impuissance, indignation, tristesse, colère, dégoût, rage, consternation… Et bien d’autres que je n’ai su identifier.
J’aurais réagi de la même façon pour n’importe quel peuple. Pour moi, ces agissements dépassent l’entendement humain. Je ne comprends pas la cruauté des hommes, quelques soient leurs motivations et le degré d’endoctrinement qu’ils ont subi.
Lorsque j’étais enfant, en classe de CM1, Mr Cornand, notre maître d’école nous avait sensibilisés durant une semaine sur la shoah.
Nous avons visité le musée de la résistance à Vénissieux (France, 69). En classe, il nous a passé des diapositives toutes plus atroces les unes que les autres, en nous expliquant en détail les tortures que les Nazis pratiquaient sur les Juifs ; les conditions de ceux-ci dans les camps, la terreur des traques, les dénonciations des collabos… Il nous a également enseigné les actions que menaient les résistants.
Je ne sais pas où il a trouvé cela, mais il nous a même fait écouter des bandes sons de radios résistantes, où ils parlaient en codes et chantaient en boucle « ne vas pas en Allemagne », sur une mélodie binaire et robotique qui glace le sang. Un peu comme les chants de l’armée. Ces phrases resteront gravées dans ma mémoire à tout jamais.
Descendante d’une famille qui comptait de nombreux résistants à l’époque de la première et seconde guerre mondiale, j’ai été amenée à entendre beaucoup de récits relatifs aux horreurs de cette guerre ainsi qu’aux méthodes employées par la résistance.
Marie-Louise, ma grand-mère maternelle m’a raconté tout ce qu’elle avait gardé dans sa mémoire d’éléphant…
Elle conservait des photos de ses frères et oncles, « morts pour la France », dont une qui ne quitte pas mes cauchemars, celle de son oncle Marius, qui avait été photographié après avoir été torturé par les Nazis ; l’œil droit crevé, entre autres…
Elle la montrait régulièrement à toute la famille. Un jour, mon fils étant petit a été choqué devant cette image sordide, et Carole, ma grande sœur, prise de colère, l’a déchirée et jetée à la poubelle devant ma grand-mère qui resta muette. Elle s’est exclamée : « Ça ne va pas de garder des trucs comme ça?! Ca suffit maintenant avec ces horreurs! »
J’avoue que son geste m’a soulagée pour les futurs enfants à naître dans la famille, même si j’étais très mal à l’aise pour ma grand-mère.
Tout ça pour dire qu’en classe ou chez ma grand-mère, je vivais chaque récit comme une torture émotionnelle et psychologique, pleurant toutes les larmes de mon corps, me demandant si j’avais atterri en enfer et comment il était possible de commettre de telles atrocités. Moi qui ne tue même pas un insecte… (Bon, sauf les moustiques, j’avoue.)
Ce qu’il se passe au Proche-Orient me plonge exactement dans ce même état si je n’use pas de résilience. Il m’est arrivé de culpabiliser ne me sentir impuissante et même de profiter de quelques jouissances dont les victimes de cette guerre sont privées…
Est-ce que vous pensez que la musique peut être un outil efficace pour sensibiliser aux injustices subies par les Palestiniens en raison des actions d’Israël ? Pourquoi ?
La musique est un moyen d’expression efficace pour sensibiliser le public, avec une puissance et une portée indéniable. Elle nous donne courage et espoir et nous aide à garder de bonnes vibrations.
En l’écourtant, elle nous permet de nous lâcher en larmes, en rage ou avec humour et joie pour évacuer des émotions trop lourdes.
Aussi, une chanson est courte et en ce sens, elle peut toucher des personnes qui n’ont pas forcément le temps ou le goût d’écouter des émissions d’information.
Qu’il s’agisse de n’importe quel sujet de société, la musique joue son rôle au même titre que tout moyen d’information, qu’il soit artistique ou non.
J’utilise le 4è art en lui donnant une forme journalistique et sociologique. J’essaye de faire du beau avec du laid, de me rendre utile et de faire passer les messages avant le messager.
C’est pourquoi j’ai choisi de me donner le titre de « Chanteuse d’alertes ».
Mon intégrité passe avant toute chose. Un artiste qui décide de s’engager comme on dit, doit être bien aligné et la paix de l’esprit n’a pas de prix.
C’est aussi la façon dont j’arrive à transcender mes propres émotions que je ne saurais gérer autrement à ma connaissance. Sans exutoire, on peut rapidement tomber malade lorsque notre sensibilité est à fleur de peau. Alors autant que cela serve au plus grand nombre.
Comment les réactions à vos chansons critiques envers les politiques israéliennes ont-elles influencé votre approche musicale ou votre engagement dans ce sujet ?
Je ne suis pas certaine de bien saisir votre question.
Si vous parlez des critiques que j’ai pu encaisser suite à mes chansons, je dirais qu’elles sont vides de sens. A part des insultes et des suppositions fantasmagoriques, rien de constructif. Je n’ai donc pas eu matière à remettre en question mon travail qui, d’ailleurs, ne se résume pas à la critique politique Israélienne.
Tout ce qui est, selon moi, inacceptable est à exposer. J’ai traité de nombreux sujets que vous pouvez retrouver dans cette playlist que j’ai nommée ‘Musique illicite’, en rapport avec la récurrence de la censure.
Je continuerai à dénoncer et informer par mes chansons, en espérant faire évoluer les consciences afin de construire un monde meilleur. Tant que j’aurais du jus, je serais dessus…