Dans une interview exclusive accordée a critiquepolitique, Gamal Abina, militant engagé contre l’islamophobie et le néocolonialisme, revient sur des questions cruciales liées à la situation au Liban et au rôle de Sayyed Hassan Nasrallah dans la résistance. Né en 1968 à Auch, cet analyste politique et artiste polyvalent s’est imposé comme une voix influente à travers ses nombreuses interventions médiatiques.
Au cours de cet entretien, il aborde l’impact de la participation massive aux funérailles de Sayyed Hassan Nasrallah, les crimes commis par Israël contre les populations civiles, ainsi que le rôle de Nasrallah dans le renforcement de la résistance libanaise. Il met en lumière l’importance historique de ces événements et leur influence sur les générations futures.
Une mobilisation historique pour Sayyed Hassan Nasrallah
CritiquePolitique: Quelle est votre opinion sur l’importance de la participation massive de plus d’un million de personnes aux funérailles de Sayyed Hassan Nasrallah, et comment cela témoigne-t-il de son influence dans la région ?
Gamal Abina : Monsieur Nasrallah avait une popularité énorme du fait que justement en 2000 puis en 2006, il a obtenu une victoire plus que significative en chassant littéralement les forces israéliennes du sud Liban. Il a libéré le territoire à l’exception des deux fermes de Sheba, et il a obtenu effectivement une victoire qui est une des rares victoires arabes face à l’occupant israélien.
Donc auréolé de cette victoire, il a donné le sentiment aux Libanais d’abord d’un retour de fierté, puis surtout il a obtenu une autre victoire, il a fait en sorte qu’il n’y ait pas de règlements de compte après la libération du sud Liban entre les anciennes forces phalangistes chrétiennes et le reste de la société libanaise.
Donc tous ces éléments-là ont constitué pour lui une véritable image de personnage illustre qui a ramené la paix civile, qui a ramené la libération du Liban, et surtout qui a ramené le sentiment de fierté par rapport à ce peuple libanais endeuillé de 15 ans de guerre civile et d’une invasion israélienne de 82.
Plus d’un million de personnes à Sefini Raï, 100 000 dans le stade, 1 million à l’extérieur.
Tous les éléments constitutifs d’un personnage historique qui a été reconnu au Liban, quelles que soient d’ailleurs les confessions, on y voit des chrétiens, des chiites, des sunnites, des druzes. Toutes les personnes étaient en position de soutien de M. Nasrallah.
Les crimes de guerre israéliens et leurs conséquences
CritiquePolitique : Comment percevez-vous les crimes commis par Israël contre les populations civiles, et quel message cela envoie-t-il aux partisans de la résistance ?
Gamal Abina : Les crimes commis par Israël sur les populations civiles sont multiples et largement documentés aujourd’hui.
D’abord, ils ont massacré, effectivement, on le sait sur la bande de Gaza, entre 50 000 et 100 000 personnes tuées ou blessées.
Mais surtout, ils ont massacré au Sud Liban, alors des bombardements aveugles, ça va de soi, sans aucune restriction, jusqu’à tenter et ils ont obtenu cette « victoire », d’assassiner Nasrallah en envoyant 85 tonnes de bombes.
L’héritage de Nasrallah et l’avenir de la résistance
CritiquePolitique : En quoi la figure de Sayyed Hassan Nasrallah et son leadership ont-ils contribué à renforcer la résistance face à l’agression israélienne ?
Gamal Abina : Pour obtenir la mort de Nasrallah, ils ont lancé 85 tonnes de bombes, détruit 6 blocs d’immeubles avant de pouvoir percer le bunker souterrain. Ils ont donc assassiné les populations civiles, évidemment, sans distinction, parce qu’il ne fallait pas les prévenir pour bombarder les immeubles, afin d’obtenir l’objectif d’assassinat des dirigeants du Hezbollah.
C’est des multiplications de crimes de guerre qu’on a largement documenté, crimes pour lesquels d’ailleurs les dirigeants israéliens sont poursuivis. Et aujourd’hui, on voit bien que dans l’absolu, en dehors des centaines de milliers de morts qui ont été faits, enfin des dizaines de milliers de morts qui ont été faits en Palestine et une grande partie effectivement au Liban de morts, je crois qu’on estime entre 5 et 10 000 morts, une destruction de masse de toutes les infrastructures dans le Sud Liban, Israël n’hésite pas à assassiner massivement pour obtenir sa sécurité.
Alors la figure de résistance de Nasrallah, d’abord c’est une figure quasiment mythique au Liban, de son vivant. Et depuis qu’il est mort, depuis qu’on l’a assassiné, parce que c’est de l’assassinat politique évidemment, quand on tue un dirigeant politique c’est de l’assassinat, ça n’est pas de la guerre. L’assassinat ciblé c’est la spécialité israélienne. Sa figure s’est renforcée, parce qu’on a vu un million de personnes à ses funérailles, ça rappelle les immenses funérailles de Nasser en 1970. Et le renforcement d’une telle figure a immédiatement donné lieu à une sorte d’iconisation du personnage.
Et les Libanais, particulièrement les chiites, qui ont le culte du martyr, lorsqu’ils ont un martyr chez eux, l’encencent le diffusent massivement et rappellent à chaque fois qu’il a été un des grands résistants et qu’il a obtenu des victoires significatives.
Liban est en position difficile actuellement économiquement. Il y a une occupation qui commence à s’installer mais qui ne va pas pouvoir durer, parce qu’elle sera chassée d’une manière ou d’une autre. Mais la figure de Nasrallah sera toujours la figure tutélaire de la résistance libanaise qui a duré tout de même le concernant à peu près 30 ans. 30 ans de résistance sans être assassiné.
Il a fallu des conditions exceptionnellement graves pour obtenir son élimination physique. Mais c’est quand même l’image d’un homme qui a résisté très longtemps, qui a donné d’ailleurs son fils aussi, qui est mort au combat, qui a été un véritable résistant, acteur direct et surtout quelqu’un qui ne se planquait pas.
Un tournant dans la lutte contre l’oppression ?
CritiquePolitique : Pensez-vous que les funérailles de Sayyed Hassan Nasrallah marquent un tournant dans la lutte contre l’oppression, et comment cela pourrait-il inspirer les générations futures ?
Gamal Abina : Alors les funérailles de Nasrallah marquent d’une pierre blanche des funérailles au Liban. Il n’y a jamais eu un tel engouement, en dépit des provocations israéliennes qui ont fait voler en basse altitude des F-16, ça n’a pas fait beaucoup de différence, en réalité les gens n’ont pas paniqué, mais ça renforce le sentiment de puissance des Libanais.
J’en veux pour preuve par exemple qu’une chanson d’une des chrétiennes libanaises très connue, Julia Boutros, qui chantait une chanson à partir d’un discours de Nasrallah qui a été réécrit pour en faire une chanson, et bien Julia Boutros, chaque fois qu’elle fait des concerts, elle fait salle comble, parce qu’effectivement l’idée de la résistance libanaise, l’idée de la résistance face à l’occupation ou la barbarie sionniste est toujours restée dans l’esprit des Libanais au sens large du terme.
Chrétiens, musulmans, chiites, sunnites, maronites, druzes, j’en passe et des meilleurs, ils sont tous dans la même logique, à savoir l’intégrité territoriale du pays. Et la figure de Nasrallah va être renforcée après ses funérailles comme étant une figure historique, effectivement on le sait déjà, de la résistance on le sait déjà. Mais d’une résistance qui n’a jamais baissé les bras.
Et ça c’est important parce qu’Israël, lorsqu’elle a envahi le Sud-Liban la première fois, elle ne pensait pas rencontrer de résistances, il y en a eu très peu, ils n’étaient pas bien équipés. Lorsqu’elle est chassée en 2000, il y a déjà un choc. Lorsqu’elle revient en 2006, elle est à nouveau chassée, c’est une humiliation. Et aujourd’hui, elle s’imagine qu’elle pourra peut-être conserver quelques bases dans le Sud-Liban.
Il est peu probable qu’elle y reste, parce qu’effectivement, si les Libanais reprennent des actes de résistance, en l’occurrence, si le Hezbollah revient dans le Sud-Liban pour attaquer Israël, ce sera une guerre d’usure comme on a connu en 1970 en Égypte, ce qui en règle générale ne profite pas aux armées conventionnelles.