La violence sexuelle systémique dans le cinéma français, longtemps étouffée sous le poids des tabous et des privilèges, est enfin mise en lumière grâce à l’enquête parlementaire initiée en mai 2024 sous l’impulsion de la députée écologiste Sandrine Rousseau. Des figures comme Jean Dujardin, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve ont reconnu leur rôle, passif ou coupable, dans cette culture toxique. Leurs témoignages, publiés le 18 mars 2025 sur le site de l’Assemblée nationale, révèlent une prise de conscience tardive. Mais derrière ces aveux se cache un système qui a résisté au #MeToo, qualifié de « puritanisme américain » par Catherine Deneuve elle-même.
Une culture du silence enfin brisée ?
Jean Dujardin, oscarisé pour The Artist, salue l’impact du mouvement #MeToo tout en admettant que les hommes, lui inclus, « ne voulaient pas voir ». Cette lucidité n’efface pas les décennies de complicité passive ayant permis à la violence sexuelle systémique dans le cinéma français de prospérer. Gérard Depardieu, accusé par plus d’une douzaine de femmes et dont le procès pour agressions sexuelles s’ouvre la semaine suivante, incarne cette impunité. Tout comme Christophe Ruggia, condamné en février 2025 pour agression sur Adèle Haenel mineure, ou Roman Polanski, toujours fugitif. La publication des transcriptions des auditions, bien que transparente, interroge : les mots suffiront-ils face à des procédures judiciaires aussi lourdes ?
Des excuses qui ne suffisent plus
Gilles Lellouche et Pio Marmaï ont reconnu des « maladresses », ce dernier allant jusqu’à présenter des excuses écrites à une collaboratrice. Ces gestes, bien que nécessaires, ne sauraient masquer l’ampleur de la violence sexuelle systémique dans le cinéma français. Car réduire les abus à de simples « blagues mal comprises », comme le fait Marmaï, revient à minimiser un système où le pouvoir masculin s’exerce sans contrôle. Lellouche, évoquant une réalisatrice lui mettant « les mains sous la chemise », rappelle que les violences ne sont pas l’apanage des hommes – mais cette exception ne doit pas servir d’alibi à une industrie où 87% des plaignants sont des femmes.
Une industrie encore trop complaisante
Jean-Paul Rouve l’admet : « Aucune actrice ne m’a jamais parlé d’inconvenances. » Pourtant, Judith Godrèche, dont le témoignage a déclenché l’enquête, accuse Benoît Jacquot et Jacques Doillon d’abus commis lorsqu’elle avait 15 ans. Leurs dénégations contrastent avec la réalité des procès en cours et des condamnations. Cette dissonance illustre la violence sexuelle systémique dans le cinéma français : un monde où les hommes, protégés par leur statut, ignorent volontairement la souffrance des victimes, réduite à des clichés (« il drague un peu »).
Conclusion
Les témoignages des acteurs marquent un premier pas, mais l’enquête de Sandrine Rousseau doit aller plus loin : audits indépendants, cellules d’écoute contraignantes, sanctions exemplaires. La violence sexuelle systémique dans le cinéma français ne disparaîtra pas sans démanteler les réseaux de pouvoir et redistribuer les financements. Alors que Depardieu comparaît et que Ruggia est condamné, l’industrie doit choisir : perpétuer le mythe de l’artiste intouchable ou devenir un exemple de redevabilité. Le cinéma français, berceau des Lumières, peut-il enfin incarner les valeurs qu’il prétend défendre ?